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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/95

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comme si, respirant enfin après tant d’angoisses, elle eût éprouvé le besoin de s’appuyer sur mon épaule. Pour la première fois, les deux sentiments qui se partageaient mon âme se confondirent. Je la serrai dans mes bras avec transport, et je couvris de baisers sa tête brune, que j’avais attirée sur mon cœur. Je me rendis compte seulement alors de la délicatesse de son être, de sa véritable taille, qui paraissait élevée, et qui était petite, enfin de la ténuité ravissante de cette adorable créature, dont j’avais eu si souvent peur comme s’il y avait eu en elle quelque chose de mâle et de puissant. Je sentais naître en moi une émotion qui réunissait la passion à la sympathie, une ivresse secrète comme l’instinct de la possession de l’âme, un doux orgueil protecteur de la faiblesse confiante, une sensation délicieuse qui me prenait au cœur en même temps qu’à l’imagination ; c’était enfin la tendresse.

Mon effusion avait été si involontaire et si spontanée, que je craignis tout aussitôt d’avoir effrayé ou offensé miss Love. Elle ne parut qu’étonnée, mais, comme si son amour filial eût parlé plus haut que sa pudeur, elle ne repoussa pas mon élan. Elle se laissa glisser de mes bras dans un fauteuil, et, attachant sur moi ses yeux humides d’une émotion sereine et profonde :

— Ah ! Je vois bien, dit-elle, que vous m’aimez,