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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/66

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pour que je me crusse permis de penser à elle, savoir le chiffre de sa dot, et maintenant, si en la revoyant je me sens épris, il faudra que je songe à défendre ma liberté, que menace la tendresse exigente de son père ! Oh ! sur ce point-là, quelque avantage positif que l’on m’assure, je ne céderai pas ! Il y a quelque chose d’humiliant à enchaîner son existence à celle d’un autre homme. Une belle-mère ne m’effrayerait pas tant. Il y a toujours de la protection dans les relations d’un homme avec une femme ; mais être dans la dépendance de M. Butler, n’avoir pas le droit de mettre à la porte M. Black si bon me semble !… Non, jamais ! cette condition sine quâ non est un obstacle qui annule toutes les facilités de l’entreprise.

Il faisait presque nuit quand je quittai la route pour m’engager dans les petits chemins de traverse, et l’orage grondait en amoncelant les nuées dans le ciel sombre et lourd, quand je pénétrai dans le sauvage ravin de la Roche. Là, l’obscurité était si complète, que, sans l’instinct du cheval et l’habitude du cavalier, il y eût eu folie à chercher le château dans ces ténèbres. J’étais oppressé, et tout était noir aussi dans mon âme. Je marchais en aveugle dans ma propre vie, conduit par la loi de l’usage et sous le joug du convenu vers un but que je ne comprenais plus, ou que je craignais de trop comprendre.