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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/48

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phrase en me demandant pardon, mit pied à terre, ramassa une petite herbe qui l’avait frappé, l’examina un instant, la mit dans la coiffe de son chapeau de paille, et, remontant à cheval, reprit la conversation où il l’avait interrompue.

— Vous vous occupez de botanique ? lui dis-je aussitôt que je pus changer de sujet.

— Un peu, répondit-il modestement. Et vous ?

J’aurais pu dire : « Un peu aussi ; » mais plus je sentais chez ce riche bourgeois le sentiment d’une véritable dignité, plus la mienne avait besoin de se relever, et, résolu à ne pas me farder devant lui, je répondis carrément :

— J’ai le malheur de ne m’occuper de rien.

— Si vous sentez que c’est un malheur, dit-il après un mouvement de surprise, le remède est facile.

— Pas tant que vous croyez, repris-je. Ou je ne suis pas intelligent, ou mon éducation n’a pas été intelligente. Il me semble pourtant que j’étais né pour tout aimer, et il se trouve que je ne sais quoi aimer.

Et, comme il restait encore étonné de ma franchise et que je craignais de paraître vouloir parler de moi, j’ajoutai en riant :

— C’est très-amusant, la botanique ?

— Mais… oui, répondit-il ; tout est fort amusant dès que l’on commence à observer et à comprendre.