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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/44

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les plaines ondulées de la riche Limagne d’Auvergne. Je retrouvai bien le site, mais je ne reconnus pas la maison. Depuis deux ans que je n’avais pas eu l’occasion de passer par là, on en avait fait un château moderne, vaste, élégant et confortable. Le parc s’était agrandi de l’adjonction d’un ravin et d’un bois voisin rempli de beaux arbres. Des jardins éblouissants de fleurs et découpés à l’anglaise serpentaient sur le flanc du coteau ; les eaux courantes, éparses sur la montagne, venaient jaillir dans un ruisseau artificiel qui baignait le pied de la maison et arrosait largement les parterres. Tout cela était disposé avec une grande simplicité, mais avec un grand goût, et tout sentait cette large aisance qui touche à la richesse.

Pour la première fois de ma vie, je me sentis un peu humilié de ma pauvreté, à cause de l’intention qui m’amenait là. Je n’avais pas la vanité de croire qu’en apportant un titre en échange d’une fortune je dusse être accueilli à bras ouverts. Si la jeune fille était charmante, il fallait, pour rétablir l’équilibre, que je fusse charmant moi-même, et, déjà mécontent de ma démarche, je m’en dégoûtai tout à fait au moment de franchir la grille de la cour d’honneur. J’allais donc tourner bride, lorsque je me trouvai en face de deux beaux enfants, une fillette de seize à dix-sept ans et un garçonnet de dix à douze tous deux montés