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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/39

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cer ma mère à reprendre ses dons et à me laisser attendre auprès d’elle le résultat de mes propres réflexions.

J’étais trop fier pour n’être pas sincère. J’avouai mes fautes sans chercher à les atténuer. Ma mère écouta gravement ma confession ; puis elle me dit :

— À votre silence sur la question du mariage, j’avais presque deviné la vérité. Je vous plains, mon fils : mais je vois que cette expérience vous servira. Votre repentir me l’atteste. Prenez le temps de vous calmer et de vous réconcilier avec le possible. Nous penserons ensemble à votre établissement.

J’avais mérité d’expier mes fautes par des privations, il n’en fut rien. Ma mère ne voulut jamais reprendre l’argent que je lui rapportais. Il était mien, disait-elle ; elle était ma tutrice et me présentait des comptes sur lesquels je ne voulus point jeter les yeux : mais, la moitié de nos biens provenant de mon père, elle exigea que j’en prisse la gouverne. Je voulus au moins employer ses économies à lui donner un peu de bien-être. Cela fut encore impossible ; je dus y renoncer en voyant que je l’affligeais sans la soulager. Ce nouvel état de choses n’allégea point l’ennui qui m’accablait. Je passais trop subitement de la soumission absolue à l’autorité sans bornes. Si ma mère l’avait résolu ainsi pour m’enseigner la prudence et la