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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/36

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l’aisance polie et la dignité douce de l’ancien bon ton. À cela près, c’est-à-dire sauf l’apparence d’une tranquille expérience du monde, je ne connaissais guère plus le monde qu’un enfant de six ans.

Il en était de même sous le rapport de l’instruction. J’avais été élevé à domicile par un prêtre. J’avais travaillé avec docilité et achevé toutes mes études à peu près aussi vite et aussi bien que n’importe quel bachelier sortant du collége. Je pouvais entendre parler de toute chose sérieuse sans m’y sentir étranger ; mais, toute conclusion vive et franche ayant été écartée à dessein de mon éducation générale, je ne comprenais quoi que ce soit à la philosophie des sciences, des lettres et de l’histoire.

J’allais donc aborder la réalité sans en avoir la moindre notion, et, si j’eusse été l’homme qu’on croyait avoir formé, j’eusse été la victime des préjugés et des erreurs de ma caste, c’est-à-dire que je me fusse tenu en dehors de mon époque, ou que mes déceptions eussent été cruelles. Heureusement pour moi, une vive curiosité intérieure et une habitude de réaction muette contre l’ennui et le froid de mon enseignement m’avaient disposé à tout accepter, à la seule condition que tout fût bien nouveau et bien vivant dans ma vie nouvelle.

J’avais comprimé beaucoup d’élans par crainte de