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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/321

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sa candeur et de sa sainteté. Ce que nous avons éprouvé tous les deux la nuit dernière, cette espèce d’hallucination douloureuse, c’est la voix du remords qui parlait en nous, et peut-être aussi l’avertissement de la Providence, qui nous disait à chacun : « Ne tremble pas, mais veille ! Voilà le malheur dans la passion. Contemple ce tableau effrayant, et souviens-toi que la passion est une chose sublime qu’il faut préserver, défendre, épurer sans cesse. C’est l’œuvre de toute la vie, c’est le mariage. Tu n’es sans doute pas assez fort pour répondre, en ce jour de trouble, de la force de ta vie entière ; mais crois à la force qu’on acquiert en la demandant à la raison, à la vérité, à la force même, c’est-à-dire à Dieu. »

— Ma bien-aimée, lui répondis-je, vous êtes dans le vrai, je vous comprends enfin, et je m’explique votre énergie, votre patience et votre sérénité dans le sacrifice. Vous n’êtes pas une femme savante, vous êtes une âme véritablement religieuse, véritablement éclairée d’en haut. Eh bien, je sens que nous pouvons nous aider mutuellement, et que nos volontés, réunies et dirigées vers un but commun, peuvent arriver au miracle de l’amour inébranlable et du bonheur sans orages. C’est dans cette union de deux âmes sœurs que Dieu a caché le secret d’une telle victoire sur le démon.