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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/319

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sans savoir pourquoi, en se disant malgré elle ces mots cruels :

— Si nous allions ne pas pouvoir nous aimer dans le bonheur !

Je frissonnai de la tête aux pieds en entendant Love constater aussi exactement la simultanéité de nos impressions, et à mon tour je me confessai à elle.

— Eh bien, répondit-elle après m’avoir écouté avec attention, tout cela est maladif, je le vois maintenant. Nous avons douté l’un de l’autre au moment où nous devions le plus compter l’un sur l’autre. Nous sommes peut-être un peu trop âgés et un peu trop intelligents tous les deux pour ne pas nous rendre compte des dangers de la passion. Je crois que ces dangers sont réels. Nous serons encore plus d’une fois tentés, vous de me trouver trop calme et trop forte, moi de vous trouver emporté et injuste. De là pourront naître des reproches, des amertumes, des soupçons, des souffrances graves, si nous ne sommes pas résolus d’avance à combattre intérieurement notre imagination avec toute l’énergie dont nous sommes capables. Oui, vraiment, je crois à présent qu’il faut entrer dans la vie à deux, dans l’amour complet, armés de pied en cap contre les suggestions du diable, qui guette toutes les existences heureuses pour les détruire, et toutes