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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/312

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en déposant le fauteuil sur le bord de la plate-forme, Leclergue, sans s’inquiéter de personne, défit sa bricole, et, en homme qui connaît tous les dangers de sa profession, descendit en courant le revers du cône, puis se jeta dans un buisson pour ne pas rester exposé sans manteau à l’air vif et saisissant qui fouettait la cime nue.

J’étais donc seul avec Love, mais sans m’en rendre compte, car je perdis un instant la notion de moi-même, je fermai les yeux comme si j’allais m’endormir, et, les rouvrant aussitôt, je regardai avec étonnement autour de moi, comme si j’avais dormi une heure. J’avais tout oublié et je contemplais, pour ainsi dire en rêve, les abîmes perdus sous mes pieds et l’immensité des brumes déployées autour de moi. Le soleil se levait splendide et balayait les vapeurs étendues sur la terre comme un lac sans limites. À travers ce voile grisâtre, les terrains diaprés et les horizons roses commençaient à apparaître comme la vision du mirage. C’était sublime et presque insensé d’apparence ; mais où donc était Love dans tout cela ?

Je regardais stupidement le fauteuil vide posé devant moi. Que faisait là ce meuble d’auberge, en toile rouge et jaune, planté fièrement à côté de la borne trigonométrique qui marque la cime la plus élevée