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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/290

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je retournai dans la montagne. Je ne voulais et je ne pouvais donner aucun repos à mon corps avant d’avoir reconquis celui de l’âme. Les paroles de M. Black avaient essentiellement modifié mon émotion ; mais j’étais accablé par sa raison plutôt que convaincu par ma conscience. Certes, il était entré beaucoup d’orgueil dans mon amour, mais aussi l’on me demandait trop d’humilité, et je ne pouvais accepter l’état d’infériorité morale où l’on voulait me reléguer. Pour me punir de m’être cru trop grand en amour, on voulait me faire trop petit, et on semblait me prescrire de demander pardon pour avoir trop souffert et trop aimé !

Pourtant quelque chose de plus fort que ma révolte intérieure me criait que Love valait mieux que moi. Elle avait souffert sans se plaindre ; elle avait sauvé son frère, et, moi, j’avais laissé mourir ma mère !… Peut-être même avais-je hâté sa mort par mon impuissance à cacher mon désespoir. Ce remords m’avait souvent tenaillé le cœur, et, pour m’y soustraire, j’accusais Love d’avoir causé le mal en causant ma faute ; mais cela était injuste, puisque Love ne m’avait jamais trahi, et la faute retombait sur moi seul.

Alors je retombais moi-même dans le découragement. Pouvait-elle m’aimer coupable et lâche ? Si elle m’acceptait pour époux, ne serait-ce pas une tendresse