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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/273

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faisant savoir à Love et à son père que je n’étais ni mort ni marié, et je ne devais pas m’étonner que dès lors la leur fût remise en question. J’assistais à l’élaboration de ma sentence. Hope, jaloux de sa sœur, avait affirmé qu’elle me regrettait, il pouvait s’être trompé, comme se trompent toujours ceux qui sont jaloux par besoin de l’être ; mais M. Butler voulait savoir à quoi s’en tenir, et Love subissait un interrogatoire, tendre sans doute, mais décisif. Je croyais pouvoir en être certain, aux intonations à la fois solennelles et dubitatives de la voix de M. Butler lorsqu’elle s’élevait un peu ; cependant Love répondait si bas, que je ne pouvais rien deviner, en dépit des intervalles que je ménageais dans l’exercice de mon marteau.

Au bout d’une demi-heure de ce supplice, je vis M. Butler se lever, embrasser sa fille et passer dans la chambre de Hope, probablement pour lui rendre compte de ce qu’il venait d’apprendre. Je restais seul avec Love. Je n’y pus tenir. Décidé à savoir mon sort, j’entrai dans sa chambre ; mais son sourire de bienveillance protectrice me troubla. Si elle jouait un rôle, elle le jouait bien.

— Que voulez-vous, Jacques ? me dit-elle du ton dont elle aurait dit aux vaches de la montagne : « Je n’ai pas de sel à vous donner, mes pauvres bêtes ! »