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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/227

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pauvre ami était jeune et un peu trop… comment vous dirai-je ?… un peu trop jeune pour sa femme, qui était modeste en ses manières et contenue dans sa jalousie. Il courait un peu les environs, et l’on dit que beaucoup de villageois de ses domaines ont un air de famille… Voilà du moins ce qui se voit dans plusieurs localités seigneuriales, et ce que M. Louandre m’a raconté en me disant qu’avant et même depuis la mort de son mari, la pauvre comtesse de la Roche avait vécu dans les larmes d’une jalousie muette et inconsolée. Et c’est pourquoi, chère Love, autant vaut rester fille, comme vous l’avez résolu, que de se jeter dans le hasard des passions.

— Oui, reprit Love en s’asseyant au bord d’un beau réservoir d’eau de roche, où bondissaient des truites brillantes comme des diamants ; je vois, par l’exemple de ce paysan jaloux de sa femme, que la passion peut troubler même le mariage, et, par ce que vous m’apprenez des chagrins de la pauvre comtesse, je vois aussi que le veuvage et la solitude ne guérissent pas de ces déchirements-là ?

Elle prononça ces mots avec une tristesse qui me frappa. J’étais fort ému de la révélation que M. Butler venait de me faire des causes de l’étrange abattement où j’avais vu ma pauvre mère vivre et mourir, et en même temps Je croyais voir percer un regret dans les