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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/224

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humeur noire. Quand elle parlait de moi dans sa langue avec son frère, elle disait que mes raisonnements et mon amour conjugal l’intéressaient ; mais elle prétendait avoir une préférence pour François, dont l’humeur insouciante et les lazzi rustiques la tenaient en gaieté. Hope ne me parlait jamais que pour me donner des ordres ou pour me prier d’un ton poli et bref de ne pas le toucher. M. Butler était toujours la douceur et la bonté mêmes. Il ne paraissait pas me distinguer des autres guides, et il nous parlait à tous trois du même ton paternel et bienveillant.

Au bout de ces huit jours, durant lesquels, de neuf heures du matin à sept heures du soir, je ne perdais pas de vue un mouvement de Love, je fus bien convaincu qu’elle n’avait pas eu une pensée pour moi, puisqu’elle ne s’avisa pas une seule fois de remarquer ou de faire remarquer ma ressemblance avec le malheureux qu’elle avait connu. Je la vis toujours absorbée par l’étude de la nature, par le soin de montrer à son père tout ce qu’elle pouvait trouver d’intéressant, ou de le consulter pour le distraire de trop de rêverie. Quant à son frère, elle me sembla ne plus s’en occuper avec inquiétude. Elle avait pris toute confiance dans ma manière de l’escorter.

Un jour, enfin, elle m’accorda tout à fait son attention, et elle dit à son père en anglais que, si je n’étais