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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/222

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je la perdais, ce ne seraient pas mes enfants qui me la remplaceraient, tandis qu’elle, rien de ce qui peut m’arriver à moi tout seul ne la tourmente, et, si je mourais, pourvu que les petits se portent bien et ne manquent pas de pain, elle conserverait sa bonne mine, et ne penserait pas plus à moi que si elle ne m’avait jamais connu.

— Je crois, répondit Love attentive, que vous vous trompez, et qu’une femme ne peut pas être aussi indifférente pour un bon mari. Je pense que vous vous tourmentez vous-même dans la crainte d’être trop content de votre sort, et cela m’étonne. Est-ce que vous n’aimez pas le travail, qu’il vous reste du temps pour vous creuser ainsi la tête ?

Nous fûmes interrompus par Hope, qui lui dit en anglais :

— Eh bien, que faites-vous donc là en conversation sérieuse avec ce guide ?

— Sérieuse ? répondit Love en riant. Eh bien, c’est la vérité, je parle philosophie et sentiment avec lui. Il est très-singulier, cet homme, trop intelligent peut-être pour un paysan, et pas assez pour savoir être heureux.

Et elle ajouta en latin :

Heureux l’homme des champs, s’il connaissait son bonheur !