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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/221

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— Je ne vous comprends pas bien, reprit Love en cherchant à me regarder.

Mais je me méfiais, et, assis en pente à deux pas au-dessous d’elle, je ne relevais pas la tête pour lui parler.

— Vous pensez donc, ajouta-t-elle, que l’amitié est peu de chose en ménage ?

Et, comme si je fusse devenu tout à coup pour elle un sujet d’étude, elle me demanda quelle si grande différence je pouvais faire entre l’amitié que m’accordait ma femme et celle que je semblais exiger. Elle s’exposait à d’étranges réponses de la part d’un rustre ; mais ou sa candeur ne les lui laissait pas prévoir, ou mon ton sérieux la rassurait.

J’avais beaucoup à faire pour m’expliquer, sans sortir de mon personnage naïf et sans trahir le besoin que j’avais de lui arracher quelque réflexion sur sa manière de sentir un sujet si délicat.

— Il y a bien des sortes d’amitié, lui répondis-je. Il y en a une tranquille comme celle de ce petit ruisseau qui coule là tout endormi sous vos pieds, et il y en a une autre qui mène grand train, comme la cascade que vous entendez d’ici. Je ne suis pas assez savant pour vous dire d’où vient la différence ; mais elle y est, n’est-ce pas ? Je sais bien que je me tourmente de tout ce qui peut tourmenter ma femme, et que, si