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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/213

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beaucoup sur moi pour ne pas oublier souvent son orgueilleux frère, lequel affectait de me réduire à l’état de cheval de bât, et me remerciait de la main avec une sorte d’impatience dédaigneuse, quand je lui présentais le bras ou l’épaule. Cependant ce garçon, agile et hardi, n’était pas robuste, et il manquait absolument de prévoyance et de coup d’œil. Deux ou trois fois je le préservai en dépit de lui-même, et, comme il prétendait vouloir toujours prendre les devants, Love s’approcha de moi, et me dit tout bas :

— Mon ami, ne le quittez pas, je vous prie ; il n’est pas prudent. Arrangez-vous seulement de manière qu’il ne s’aperçoive pas trop que vous le surveillez bien.

Ce n’était pas une tâche aisée, et, de plus, je la trouvais déplaisante. Il me semblait aussi que ma figure déplaisait au jeune homme, bien qu’il ne songeât en aucune façon à la reconnaître. Peut-être même se trouvait-elle entièrement effacée de son souvenir. Quant à Love, elle ne m’avait pas regardé du tout, et je savais que M. Butler avait fort peu la mémoire des physionomies humaines : il n’avait que celle des noms et des choses.

Love avait, en me parlant, la douceur polie que je me rappelais lui avoir toujours vue avec les inférieurs, mais aussi cette nuance d’autorité que l’on est