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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/200

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de côté et le toucha sur le flanc. Dès lors sa sœur était en grand danger. Le taureau bondit vers Love, qui se trouvait en face de lui. Elle eut peur, car elle fit un grand cri et recula jusqu’au précipice. Par bonheur, j’avais eu le temps d’arriver et d’arracher la petite canne des mains de Hope. J’en frappai le taureau sur le nez. Je savais que, dans notre pays, on se rend maître de ces animaux avec une chiquenaude sur les narines. Le taureau s’arrêta stupéfait, et, comme je le menaçais de recommencer, il tourna le dos et s’enfuit. Restait l’équipage à préserver de sa rancune. Le domestique à pied se réfugia bravement derrière la voiture, et le cocher, ne pouvant prendre du large, rassembla ses chevaux pour les empêcher de s’effrayer. Je suivis le taureau, et je le forçai encore, sans aucun danger pour moi-même, à passer sans attaquer personne. Je vis alors s’élever une sorte de débat entre le frère et la sœur. Hope, mécontent sans doute de ma brusquerie, ne voulait pas que l’on me remerciât, et Love insistait pour que le domestique m’amenât vers elle. Je craignis d’être reconnu, et, passant à ce dernier la canne de son jeune maître, je courus après le taureau, qui s’en allait très-vite et qui pouvait être censé m’appartenir. Dès que je pus trouver un éboulement au précipice, j’y poussai l’animal en y descendant avec lui, puis je me cachai dans les détours de la monta-