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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/195

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chemin pour l’atteindre. Je regardais la trace des roues sur la pouzzolane, et, au milieu des larges raies molles laissées par les petits chariots du pays, je voyais distinctement des coupures plus étroites et plus profondes qui ne pouvaient être que les empreintes d’une berline également chargée. Enfin, au-dessus des arbres épais qui laissent à peine apercevoir le beau torrent de la Couze, et au-dessus des maisonnettes du village de la Verdière, semées sur les inégalités du sol, j’aperçus la tête rougeâtre du dyke semblable à un gigantesque tronc d’arbre que la foudre aurait frappé et déchiqueté ; mais il n’y avait pas là de voiture arrêtée, et les traces se perdaient dans le sable noir battu par les piétons et les animaux.

Je n’osais plus faire de questions dans la crainte d’inspirer de la méfiance aux habitants et d’être signalé par eux à l’attention de la famille Butler, si elle venait à se trouver dans les environs. Je cheminais avec mon petit paquet passé dans un bâton, voulant avoir l’air d’un paysan en tournée d’affaires et non d’un voyageur quelconque en situation de flânerie suspecte. Je descendis au bord de l’eau comme pour me rafraîchir, et je regardai furtivement sous les mystérieux ombrages où la rivière se précipite tout entière d’un seul bond puissant vers la base du dyke. Il n’y avait là que des laveuses à quelque distance du