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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/189

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maturité ! C’est là-bas qu’un autre jour je la surpris lançant des barques de papier sur le courant du ruisseau pour amuser ce frère ingrat et despote qui lui a défendu d’aimer !

Tout à coup, en me reportant aux détails que M. Louandre m’avait donnés la veille, je fus pris d’une grande tristesse. Je me représentai l’avenir de cette pauvre Love, la fortune de son père et la sienne dissipées rapidement, Bellevue mis en vente en dépit des efforts du fidèle notaire, et la famille exilée de ce paradis terrestre où, depuis cinq ans, elle vivait heureuse au milieu des richesses intellectuelles péniblement amassées et conservées avec amour. Il y avait déjà dans le parc un certain air d’abandon qui sentait la gêne et qui n’était pas dans le caractère et dans les habitudes de Love. Qui sait si quelque jour, bientôt peut-être, elle ne serait pas forcée de travailler pour vivre ? Que ferait-elle alors ? Où irait-elle ? Il lui faudrait probablement se séparer de ces parents trop aimés et trop caressés dans leur capacité improductive, et aller remplir quelque obscure fonction d’institutrice pour gagner péniblement le pain de l’année.

Tout cela pouvait et devait arriver, et alors elle regretterait amèrement de n’avoir pas pris un soutien de famille, un ami aussi dévoué, mais plus ferme et plus clairvoyant qu’elle-même. Et moi qui avais auto-