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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/187

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Et puis chaque site un peu remarquable a sa physionomie qui défend la comparaison comme une exigence impie ou puérile. Les collines de Bellevue étaient petites, mais elles s’étageaient hardiment les unes au-dessus des autres, et, des grands sapins qui vivaient dans le froid, il fallait une heure pour descendre, par de bizarres sinuosités, jusqu’aux noyers, qui, exotiques délicats, s’épanouissaient le long du ruisseau. Les croupes de ces collines, qui plongeaient dans le parc, étaient revêtues d’un manteau de feuillage varié, où le pâle bouleau frissonnait comme un nuage à côté du hêtre élégant et du sapin ferme et grandiose. C’était comme un tapis nuancé où l’œil ne s’arrêtait sur aucun contraste et nageait dans une suave harmonie de couleurs et de formes. Et je ne sais pourquoi cette grâce, cette harmonie, ce vague délicieux de la nature me représentaient Love dans sa première fleur de jeunesse, d’innocence et de touchante séduction ; mais, en levant les yeux plus haut, je voyais la triple enceinte des monts se hérisser de roches orgueilleuses qui perçaient à travers les forêts, et je me disais :

— C’est ainsi qu’en elle la grâce et les parfums couvraient un cœur de pierre inaccessible.