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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/186

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roches adjacentes ne consistait qu’en bois, et, ces bois magnifiques étant respectés comme l’ornement indispensable du site, le revenu était nul ; mais, en revanche, M. Butler possédait une notable étendue de terres dans la plaine et de nombreux troupeaux sur les collines.

Je me sentais si détaché de mes anciens projets, que je contemplai le Love’s Park en amateur et en artiste pour la première fois. Je comparais cette charmante situation avec les grands sites que j’avais vus ailleurs, et je m’étonnais, après avoir fait le tour du monde, de retrouver dans ce petit coin de la France une poésie et même une sorte de majesté sauvage, dont aucun souvenir, aucune comparaison ne pouvait diminuer le charme. C’est ce qu’éprouveront tous ceux qui seront restés un peu naïfs et qui n’auront pas perdu le goût du simple et du vrai après avoir assisté au spectacle enivrant des grandes scènes invraisemblables de la nature. Je m’étais attendu cependant à retrouver petite et mesquine cette montagne d’Auvergne que mon enfance avait sentie si vaste et si imposante, et je la retrouvais étroite et resserrée, mais profonde et mystérieuse comme une idée fixe, comme un rêve dont on ne voit jamais le bout, comme l’amour que j’avais porté si longtemps enfermé dans le secret de mon âme.