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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/18

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salissent ce qu’ils touchent, et toute âme honnête doit demander au ciel d’en préserver sa mémoire.

Mais il est un moyen de rendre ces fureurs impuissantes et de faire qu’elles crient sans écho dans le vide : c’est de ne jamais écrire sous l’oppression d’un mauvais sentiment ; c’est d’être vrai sans amertume et sans vengeance ; c’est d’être juste et généreux envers le passé qu’on s’est remis sous les yeux ; c’est de ne peindre les malheurs du caractère ou les égarements de l’âme qu’en cherchant et en découvrant leur excuse dans la fatalité de l’organisation ou des circonstances ; c’est enfin de garder le respect que l’on doit au génie, et de prouver, par tous ces égards du cœur, le tendre pardon final qu’il est si naturel et si doux d’accorder aux morts.

Ces réflexions nous ont semblé utiles à placer en tête d’un roman quelconque. Le roman est un art nouveau, c’est une création de notre époque. Ce siècle a vu vivre et mourir miss Edgeworth, madame de Staël, Walter Scott, Cooper, Balzac et bien d’autres. L’éducation du public est cependant encore un peu à faire, car, au milieu de tous ces genres différents, où chaque nom est une tentative personnelle et chaque gloire une conquête particulière, le lecteur, étonné et avide, s’inquiète encore du procédé plus que du résultat.

Je me figure voir ce public, toujours le même au