Ouvrir le menu principal

Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/179

Cette page n’a pas encore été corrigée


mère debout auprès de mon lit, écartant les rideaux d’une main impérieuse et jetant Love dans mes bras, Love en pleurs qui me suppliait de l’épargner, et que j’étouffais de mes embrassements sans m’apercevoir qu’elle était morte. Quand je m’imaginai n’avoir plus dans les bras qu’un cadavre, je poussai des cris qui me réveillèrent ; mais je restai en proie à un tel sentiment d’horreur, que je me levai pour fuir les visions de cette terrible chambre. Je courus à la fenêtre. La lune se levait. Il faisait froid, le torrent grondait, et le petit chien de Catherine hurlait d’une façon lamentable, comme s’il eût vu passer les spectres qui venaient de me visiter.

Je pris mon sac de voyage et je partis. Je marchai toute la nuit sans rencontrer une âme, et le soleil levant me trouva dans les bois qui entourent la Chaise-Dieu.

C’est une antique abbaye fortifiée, célèbre dans l’histoire locale par ses richesses, son importance et ses luttes contre les seigneurs pillards de la contrée. Les bâtiments imposants et vastes, flanqués de hautes tours carrées encore munies de herses, se relient, par plusieurs cours immenses, à l’église abbatiale, une merveille de l’art ogival, aujourd’hui consacrée au culte de la paroisse, mais encore garnie d’une partie de son riche et curieux mobilier, les stalles du cha-