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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/178

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XVI


J’étais si accablé d’ennui au bout de deux heures d’isolement et d’inaction dans un lieu rempli de souvenirs amers, que je résolus de n’y rentrer qu’avec une compagne de mon choix, et j’avais tellement hâte de me soustraire à la mélancolie noire qui semblait suinter sur moi des murs de mon château, que je pris le parti de dormir quelques heures et de me sauver vers minuit, aussitôt que la lune serait levée.

Je me jetai tout habillé sur le lit de la chambre d’honneur. C’est là que, dans mon enfance, ma mère me faisait faire la sieste auprès de son prie-Dieu quand nous étions seuls. Je me souvenais de l’avoir vue agenouillée à mon réveil comme je l’y avais laissée en m’endormant, affaissée plutôt que prosternée, pleurant ou rêvant dans l’attitude de la prière, et me donnant, à son insu, le navrant et dangereux spectacle d’une douleur sans réaction et d’un inguérissable amour.

Je fis un rêve d’une effrayante réalité. Je vis ma