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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/177

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sécurité, partant un mariage magnifique. Je ne sais pas encore avec qui, mais nous trouverons, gardez-vous d’en douter… Revenez vers le 15 juin, voilà tout ce que je vous demande.

Quand je me retrouvai seul dans cette maison déserte et sombre, je sentis l’horreur de la solitude peser sur moi beaucoup plus que dans les premiers mouvements d’émotion. J’avais perdu une dernière fois et sans appel le rêve de l’amour. Ma résolution de chercher le bonheur dans le repos semblait maintenant m’être prescrite par les circonstances. J’étais riche, j’avais des devoirs envers moi-même, et cela me faisait une peur véritable. Je devais compte de mon aisance et de mon crédit à une famille fondée par moi. Il ne m’était plus permis de rester garçon, sous peine de vieillir dans l’égoïsme et d’attirer sur moi la déconsidération qui s’attache aux misanthropes sans excuse. Ainsi mon bien-être me créait des obligations et me retirait la liberté. Je me trouvai si triste de cela, que j’eus envie de repartir tout de suite pour l’Océanie.

Je m’interdis, et même sans trop d’efforts, de penser à miss Butler. J’éprouvais une sorte d’amère satisfaction à me dire que tout était brisé sans retour de ce côté-là et que je ne m’étais pas trompé, lorsque, dans mes heures de désespoir, je l’avais accusée de froideur et d’ingratitude.