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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/158

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XIV


Mille émotions poignantes et douces hâtaient le cours de mes idées et les battements de mon cœur. J’étais venu là pour être seul avec ma mère, et j’étais avec elle en effet ; mais ce mystérieux tête-à-tête se passait, comme autrefois, à parler de moi seul, car jamais elle ne m’avait dit un mot sur elle-même, et, quand elle sortait de ses préoccupations intérieures, c’était uniquement pour s’inquiéter de mon avenir.

Mon avenir ! où était-il maintenant ? Je n’avais qu’une consolation de le voir détruit à jamais, c’est qu’au moins personne ne s’en tourmentait plus : consolation affreuse, et qui ressemble à un suicide accompli avec la précaution de faire disparaître son propre cadavre dans quelque gouffre sans fond. Et pourtant je n’avais pas la tranquillité du désespoir. Il me semblait, à sentir si vivace et si chaud le souvenir de ma mère, qu’elle n’était pas morte, ou que ce que nous appelons la mort n’est qu’une apparence trompeuse, une disparition de la forme, et rien de plus. Son