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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/156

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connus pas ; il me reconnut, lui, car il se mit à hennir et à s’agiter en tournant vers moi ses yeux éteints. C’était mon bon cheval d’autrefois, celui qui m’avait porté si rapidement à Bellevue, et qui, depuis avait tant marché au hasard dans nos chemins étroits et dans nos vastes plaines pour promener mes ennuis et mes anxiétés.

Je le caressai en l’appelant par son nom. Il me reconnaissait par le sens mystérieux accordé aux animaux, car il était devenu aveugle. Il mangeait peu, car il était maigre à faire pitié ; mais on ne l’avait pas mis au moulin. Son poil touffu et rude ne portait aucune trace de travail. On l’avait donc gardé et nourri tant bien que mal par respect ou par amour pour ma mémoire. Je pris confiance, et je retournai à la porte de la maison, que je trouvai grande ouverte. L’unique gardienne du vieux manoir était sortie pendant que j’étais dans l’écurie, sortie pour quelques instants avec son chien, et je pus pénétrer seul dans la cuisine, où tout annonçait l’existence d’une servante économe et solitaire. Je regardai un vieux métier à dentelle, monté en corne transparente, avec des images de saints en ornements. Je le reconnus. C’était le métier de la vieille Catherine, la servante de ma mère. J’avais étudié mes lettres, en apprenant à lire sur les devises de ces images. Catherine était donc