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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/147

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suppliait, et on me trouva les fonds nécessaires pour un voyage de quelques mois ; mais, au moment où l’animation des préparatifs m’avait rendu une sorte d’énergie, ma pauvre mère tomba dangereusement malade. Dès lors tout projet fut abandonné, car le mieux qui pût arriver à ma mère, c’était de rester infirme. Je la soignai avec un dévouement et une assiduité qui ne me coûtèrent aucun effort. Je ne me sentais plus jeune, et il me semblait que l’inquiétude et la douleur étaient fatalement mon état normal. En voyant souffrir cette pauvre mère, je compris combien je l’aimais, et l’amertume qui m’était restée contre miss Love se dissipa devant la révélation de mon propre cœur.

Ma mère ne m’avait pas toujours compris, et jamais elle n’avait voulu se faire connaître à moi ; mais elle m’avait toujours chéri sans partage en ce monde. Je n’avais dans son cœur pour rival que le souvenir de mon père. Ses derniers moments furent comme partagés entre la joie de l’aller retrouver et le chagrin de me quitter. Après avoir langui trois mois dans cette chambre d’honneur, d’où elle n’avait plus la force de sortir, elle s’éteignit dans mes bras, et je restai seul au monde. Alors, je sentis une sorte de joie amère et farouche de n’avoir plus rien à aimer et à ménager. Je partis brusquement sans faire d’adieux à personne, et