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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/138

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ma bien-aimée aux commentaires des laquais me soulevait le cœur de dégoût. Ce sont précisément ces êtres-là qui se trouvent toujours éveillés et prompts à se mettre aux aguets, quand l’amour se croit enveloppé dans les ténèbres.

Je racontais à Love, dans ces lettres qu’elle ne recevait pas, mes démarches et mes tourments. Je la suppliais de me donner un rendez-vous en présence de son père. Il me semblait que, si elle l’eût voulu, Hope eût pu l’ignorer. Elle répondait parfois, sans le savoir, à mes prières, car elle avait songé à cela d’elle-même ; elle me le disait, et elle ajoutait que cela était impossible, que M. Butler s’affectait beaucoup de la voir triste, et la suppliait de m’oublier. Elle s’efforçait donc devant lui de ne pas paraître penser à moi, et elle ne voulait pas se démentir en lui demandant de protéger nos malheureuses amours.

Un matin, j’appris par ma mère que les médecins, mécontents de la langueur obstinée de Hope Butler, avaient conseillé l’air natal, que l’enfant avait saisi ce conseil avec passion, et n’avait pas donné de trêve à son père et à sa sœur que l’on n’eût fait les paquets et chargé les voitures. Au moment où ma mère m’annonçait ce départ, la famille Butler devait être arrivée à Londres.