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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/132

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santé en souffre. Ne le perds jamais de vue, et, quand tu le verras trop lire ou trop rêver, prends-le dans tes bras, emporte-le au grand air, secoue-le, force-le à jouer. Il faudra trouver moyen de faire tout cela sans négliger tes propres études. Ainsi tu n’auras pas un instant de reste dans ta vie pour songer à d’autres plaisirs que ceux du devoir accompli. Je sais que je te demande ce qu’on appelle l’impossible, ma pauvre Love ; mais il n’y a rien d’impossible quand on aime, et je sais que s’il faut faire des prodiges, tu en feras.

» Que vouliez-vous que je répondisse à ma mère quand elle était là, sur son lit d’agonie, pâle et comme diaphane, serrant mes petites mains d’enfant dans ses pauvres mains convulsives, et couvrant mon front de larmes déjà froides comme la mort ? Ah ! je n’oublierai jamais cela, c’est impossible ! Mon ami, ayez pitié de moi. Montrez-moi du courage, afin que j’en aie aussi. Soyez pour moi ce que j’ai été pour ma mère, et je crois, oui, je sens que je vous aimerai comme je l’aimais, ou plutôt, non ! parlez-moi comme elle me parlait, commandez-moi de me sacrifier à mon devoir ; c’est encore comme cela que je vous comprendrai et vous aimerai le mieux.

En parlant ainsi, Love se jetait dans mes bras avec l’innocence d’un être que les passions terrestres ne peuvent pas atteindre, et moi qui l’aimais en imagi-