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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/128

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père n’exigera rien de moi qui ne soit accepté d’avance ; mais l’enfant, le terrible enfant ! C’en est donc fait ! il est guéri, il est heureux… Je le vois là-bas qui joue avec son chien, et j’entends, je crois entendre son rire, qui monte jusqu’ici. C’est vous, Love, qui avez fait encore ce miracle, et, cette fois, le remède que vous avez mis sur la plaie, ce n’est pas ma soumission, c’est votre abandon et ma mort.

Love ne répondit rien. Elle regardait fixement du côté de son frère, et de grosses larmes coulaient sur ses joues.

— Vous m’effrayez ! lui dis-je. Est-ce que cette apparence de santé est trompeuse ? Est-ce qu’il est condamné ?

— Non, non ! répondit-elle ; il est sauvé, parce que je lui ai fait un mensonge. Je lui ai dit que je renonçais à vous, que je ne voulais jamais me marier… Il l’a bien fallu ! M. Rogers ne vous a-t-il pas dit que le pauvre enfant n’avait pas d’autre mal que sa jalousie, mais que ce mal était effrayant, que sa raison en était menacée, et qu’il était impossible, à cet âge-là, de persévérer avec tant de force et d’obstination dans un chagrin quelconque, sans faire craindre que le désordre ne fût déjà dans les facultés de l’âme ? Tenez, j’étais, il y a un mois, la plus heureuse créature de la terre, et maintenant je suis la plus inquiète, la plus