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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/118

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siste, et, comme elle l’adore, elle lui sacrifiera tout Ma mère, avec ses habitudes d’esprit, son caractère morne et son âme désolée pour son propre compte avait fait jusque-là de grands efforts pour me paraître tranquille et pour me soutenir. Elle était au bout de son initiative. Elle baissa la tête, et je vis rouler des larmes dans ses yeux fixes.

Je sentis alors pour la première fois sa peine passer dans mon cœur et se fondre avec la mienne. N’ayant pas assez connu mon père pour le pleurer, je n’avais jamais bien compris les larmes intarissables de ma mère. L’amour m’était toujours apparu comme une passion que l’âge doit éteindre, mais, depuis que j’avais senti la tendresse s’éveiller en moi, depuis que j’avais savouré auprès de Love la douceur des relations intimes, le charme de la confiance mutuelle, et caressé le rêve de l’amitié sainte, unie aux ardeurs de la jeunesse, je pouvais comprendre la jeunesse brisée de ma mère, le vide de son cœur, et l’horreur de la froide solitude où elle se consumait.

— Pardonnez-moi d’aggraver et de raviver vos peines, lui-dis-je en me mettant à ses genoux. Vous vouliez me donner du courage, et je refusais d’en avoir. Eh bien, c’était lâche. J’en aurai, je vous le promets. J’aurai même de l’espérance. Rien n’est perdu, et les craintes dont je vous afflige ne méritaient