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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/108

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core, ni plus ni moins, que dis-je ! beaucoup mieux peut-être que l’illustre Junius Black. Ma foi ! mon cher comte, vous aurez là, si Dieu nous exauce, une femme dont Molière ne se serait pas moqué, car elle cache ses talents avec autant de soin que ses péronnelles savantes en mettaient à exhiber les leurs. Je vous en ferai mon compliment, moi, en toute humilité : mais savez-vous ce que je me dis ? car il faut toujours redescendre de l’abstrait au concret : je me dis qu’une telle fille est trop nécessaire, trop indispensable à un tel père pour qu’il soit jamais possible de les séparer. Donc, vous n’y devez jamais songer, et vous êtes bien résolu, n’est-ce pas, à ne pas mettre votre volonté entre ces deux attractions invincibles ?

— Oui, répondis-je, je le savais, je le sais encore mieux maintenant. La santé, le travail, la passion, le bonheur de ce pauvre père, seront anéantis le jour où sa fille lui manquera. Eh bien, soit ! s’il faut quelque jour quitter la France, je la quitterai, je suivrai Love au bout du monde, si M. Butler veut aller vivre au bout du monde. Ma mère en souffrira beaucoup, je le gais aussi maintenant, mais elle souffrirait davantage de me voir à toute heure seul et désespéré devant elle. Le sort en est jeté, que voulez-vous ! Je ne pouvais pas me flatter de trouver pour moi tout seul en ce monde le bonheur sans nuage et le soleil sans