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elle pleure et elle rit. Elle aime son mari parce qu’il lui a permis d’être mère ; elle dit que c’est bien heureux qu’il l’ait amenée dans cette solitude où elle aura le loisir de ne s’occuper que de l’enfant, et la voilà qui coud des brassières et brode des petits bonnets. Et puis elle veut s’instruire, car elle compte faire la première éducation, et à présent elle lit, elle fait des extraits, elle dessine, elle tapote son piano ; enfin c’est la plus heureuse des créatures. Ah ! que Dieu lui a fait une grande grâce en la créant si simple !

— Vous voulez dire, comme disent toutes les femmes, qu’elle manque d’esprit et de jugement ?

— Eh bien, répondait Julie, est-ce que ce n’est pas aussi votre opinion ? M. le comte l’a choisie comme cela pour avoir à lui seul tout l’esprit du ménage ; c’est bien dans son caractère.

La grossesse de madame devenait très-apparente, lorsque M. le comte décida qu’on irait passer l’hiver à Sévines, près d’Orléans, au bord de la Loire. Il ne donna aucune raison de ce changement de domicile. Madame n’en demanda pas et fit ses malles.

— Je serai heureuse partout, disait-elle à Julie. Est-ce que je ne porte pas mon trésor avec moi ?

Quoique dans un pays riant et luxurieux, Sévines était un endroit fort triste ; ce grand fleuve déroulé en pays plat, avec de larges rives sablonneuses, ne valait pas la vue des falaises. Le parc était vaste et fort beau pour ceux qui aiment l’hu-