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trop pour me jouer de votre honneur ; il m’est sacré. Si un autre que vous doutait de ma loyauté, je lui demanderais raison.

» Il parlait avec feu, avec une sorte d’éloquence ardente, des bontés de mon père pour lui dans son enfance, de la protection que j’avais exercée sur lui à son entrée dans la vie, des services sans nombre que je lui avais rendus… J’étais dupé, vaincu, lorsqu’il eut l’imprudence de me dire qu’il respectait ma femme plus que je ne le faisais moi-même, puisque je m’inquiétais de l’admiration qu’elle inspirait et la croyais susceptible de courir un danger quelconque. Alors, s’oubliant, il me parla d’elle avec l’enthousiasme d’un dévot pour la Vierge des cieux, et je vis qu’il l’aimait passionnément. Je jugeai ne devoir pas lui dire que je le pénétrais. Je feignis d’avoir confiance en son honneur, il y croyait peut-être encore lui-même. Il pleurait, je l’embrassai, mais je ne le perdis pas de vue. Je l’avais prié de ne plus danser avec la comtesse. Il m’a obéi, mais comme son regret fut visible ! Sans doute elle lui en a fait des reproches, et il a éclaté. Tout cela a marché si vite que je n’ai pu prévoir le rendez-vous du lendemain… Sous mes yeux !… Ah ! quelle audace ! Non, non, je ne pardonnerai jamais ! Si j’ai été épris de ma femme, je ne le suis plus. Son châtiment à elle sera de ne plus voir le monde, d’être sévèrement gardée et de consumer sa jeunesse sans amour, sans triomphes d’aucune sorte. Elle n’aura même