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notre arrivée, M. le comte sortit de bonne heure et rentra très-pâle vers midi. Je devinai qu’il venait de se battre, et je l’examinai avec anxiété.

— Je n’ai rien, me dit-il tout bas. Je suis vengé.

Dans la journée, il m’envoya demander des nouvelles de M. de Salcède. Elles étaient fort mauvaises.

— M. le marquis est fort mal, lui dis-je en rentrant. Il ne passera pas la journée, et son père est mort de saisissement en le voyant rentrer dans l’état où M. le comte l’a mis.

M. de Flamarande eut encore une crise, et, quand il en fut revenu, il me dit de fermer les portes et me parla ainsi qu’il suit :

— Charles, j’ai été indignement trompé, mais je me suis trop cruellement vengé. D’un coup d’épée j’ai tué le jeune homme qui avait été mon meilleur ami, et le vieillard qui fut le meilleur ami de mon père. J’espère que je mourrai bientôt à mon tour, car je déteste la vie. J’ai fait mon testament, j’ai assuré votre sort. Puis-je compter sur votre éternelle discrétion ? Vous seul au monde connaissez la cause de ce duel. Madame de Flamarande, quand elle l’apprendra, voudra qu’on lui explique tout. Vous n’expliquerez rien, vous direz que vous ne savez rien.

— Ce sera dire la vérité, monsieur le comte, car je ne sais rien, et il est possible que madame la comtesse ne sache rien non plus.