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pour M. de Salcède. Je vis que le cénobite du Refuge était d’une frugalité extrême et vivait absolument comme un paysan. Je n’entendais plus aucun bruit dans la maison ; je me demandais si j’allais en sortir tout de suite ou me livrer à quelque nouvelle investigation avant de renoncer à saisir la vérité.

Jamais pareille occasion ne se retrouverait, et je sentais d’ailleurs que je n’aurais plus le courage de la chercher. J’étais partagé entre le dégoût amer de mon entreprise et la rage de la justifier à mes propres yeux par un succès quelconque. Je ne sais quelle fatalité sous la forme d’idée fixe me faisait désirer de voir Salcède et de lui parler, dût-il me traiter comme je le méritais, dût-il me tuer.

Le peu de mauvais vin que j’avais avalé après un long jeûne m’avait surexcité. Je me persuadai tout à coup que la lâcheté des moyens par moi employés deviendrait de l’héroïsme, si j’allais braver le lion dans son antre en lui disant :

— Me voilà, c’est moi ; ami, si vous me dites la vérité que j’ai voulu saisir à tout prix ; ennemi, si vous me la cachez. J’ai rusé contre vous ; pourtant je ne vous crains pas, puisque, au lieu de fuir comme il me serait facile de le faire, je viens me dénoncer moi-même et m’exposer à votre ressentiment.

Cette idée me procura une sorte d’exaltation que