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je ne voulais pas me rendre compte. Si j’ai été dupe de mes illusions, ma conscience ne me le reproche pas bien haut à l’heure qu’il est, car jamais je n’ai cédé à une pensée indigne d’un homme raisonnable et d’un fidèle serviteur. J’ai cru agir en vue de la morale et de la vérité, ce que je vais dire le témoignera de reste.

Je n’étais plus retourné à Flamarande, je n’écrivais plus aux Michelin, je ne recevais plus de nouvelles d’Ambroise Yvoine, Gaston m’était devenu plus qu’indifférent depuis que je me le représentais protégé et veillé de loin par sa mère, ou de près par M. de Salcède. Après avoir aimé cet enfant étranger à la famille, je l’oubliais, et, comme M. le comte, je le trouvais bien où il était ; mais il me fallait chérir un enfant, moi ! Il est étrange que, n’ayant jamais eu de goût pour le mariage, j’aie senti toute ma vie, depuis le drame de Sévines, l’amour paternel dominer ma vie. Je m’attachai donc avec une sorte de passion à celui que je regardais désormais comme le seul enfant de la famille. Je fis de Roger mon idole, mon maître présent et futur, mon orgueil et ma consolation. À force d’être gâté, il devenait adorable, car les enfants, quoi qu’on en dise et qu’on en pense, ont besoin de se sentir aimés pour devenir aimants. Je rendais bien justice à sa mère, elle le chérissait ardemment, passait sa vie près de lui et semblait ne vivre que pour lui ; mais se soumettrait-elle toujours à l’obligation de lui