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séjour et faisait de fréquents voyages à Paris, où je le suivais toujours. La tranquillité de mon maître était extraordinaire après les violentes agitations qu’il avait subies. Il n’était plus jaloux et vivait dans les meilleurs termes avec sa femme, tout en s’occupant d’elle le moins possible. Dois-je avouer qu’il avait une maîtresse fort pimpante, une des reines du mauvais monde ? Il faut bien que je dise tout dans cette véridique histoire où je me suis trouvé investi par ma conscience du rôle de magistrat instructeur. M. le comte avait besoin d’une intimité de ce genre : il lui fallait de la passion, de la jalousie, de la colère. Il en eut à souhait pour son argent, et je le vis en passe de se ruiner. Heureusement il fut vite supplanté et s’accommoda d’une personne de moindre appétit, d’un oiseau de moindre volée. Il eut son ménage chez elle, c’est-à-dire qu’elle fut titulaire d’un autre logis et qu’elle s’y trouva assez bien pour ne pas lui donner de graves sujets d’inquiétude.

Madame la comtesse le sut et ne parut pas s’en affliger ; son indifférence fut pour moi une nouvelle preuve de son amour pour un autre ; mais que faire pour m’emparer de ce terrible secret ? Au bout de trois ans, j’y renonçai ou du moins je voulus me persuader que j’y renonçais. Je me demandai pourquoi je me laissais ainsi dévorer par un vautour, et j’eus peur de trouver au fond de moi-même un sentiment dont je n’avais pas voulu, dont