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et sa reconnaissance pour Salcède, pour l’homme qui lui rendait la joie de savoir son fils vivant, devait facilement avoir passé de l’enthousiasme à la passion.

— Il y a plus, me disais-je ; cette passion a pu naître pendant le dernier séjour de madame à Pérouse. C’est là déjà qu’elle a pu recevoir des lettres, qu’elle a pu être informée et, qui sait ? recevoir Salcède. Elle n’est pas revenue d’Italie si calme et si belle sans qu’une grande joie soit entrée dans son cœur et dans sa vie. Qui sait si elle n’a pas été à Flamarande avec Salcède et si elle n’y a pas vu son fils pendant que j’y étais ? Yvoine est aussi habile que moi. M. de Salcède l’est peut-être plus que nous deux. Si tout est consommé, que me reste-t-il à faire ?

Le plus simple et le plus logique eût été à coup sûr de suivre mon premier élan et de me confesser à madame, comme si elle ne savait rien. Je ne devais pas, dans ce cas, compter sur sa reconnaissance. Au lieu des paroles de bonté et d’affection que j’aurais pu mériter, j’aurais sans doute à essuyer les reproches du premier moment ; mais elle n’en eût pas moins reconnu vite que je m’étais dévoué à son fils, et que je m’y étais attaché au point de trahir le secret du comte. Au lieu de rester le bourreau et l’ennemi de cette mère si cruellement éprouvée, je devenais son soutien, une sorte de muet protecteur entre elle et son mari, un intermédiaire dévoué entre elle et son enfant.