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taisie et s’amusait seul autant qu’avec les autres enfants. Tout paraissait l’intéresser, il examinait des heures entières le travail des fourmis ou celui des abeilles. Il se couchait à plat ventre dans la prairie et contemplait les petits brins d’herbe ou conversait avec les grillons. Il aimait peu les grands animaux, mais il n’en avait pas peur, et, à vrai dire, il ne paraissait jamais effrayé de rien. Il était bon et cédait tout aux fillettes de la maison ; mais il paraissait n’aimer que la plus petite et ne se laissait entraîner à aucune partie bruyante. Recueilli et comme rentré en lui-même, il ne demandait jamais rien, et, si on eût oublié de lui donner à manger, il s’en fût allé cueillir les myrtiles de la montagne et les framboises des bois plutôt que de réclamer.

On ne s’étonnait pas de le voir si différent des autres. On l’avait vu d’abord triste ou résigné, parce qu’il ne pouvait se faire comprendre, et on se rendait assez bien compte du travail imposé à un enfant qui commence à parler, lorsque tout à coup il lui faut oublier une langue et en apprendre une autre. On se disait qu’il deviendrait tout à fait gai quand il pourrait s’exprimer tout à fait ; mais ces bonnes raisons ne me persuadaient pas. Je voyais toujours en lui l’être arraché brusquement à son milieu et condamné à une existence contraire aux instincts et aux tendances de sa race. Les enfants de Suzanne Michelin avaient été vachers et faiseurs de fromage dans le sein de leur mère ; Gaston avait