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rir de faim. Il ne voulait pas non plus me voir devenir avoué, aimant mieux me léguer son cabinet d’affaires que d’avoir à m’acheter une charge. Malheureusement mon excellent père avait une passion, il était joueur et, au moment où j’allais lui succéder, il se trouva si endetté que je dus songer à trouver une occupation personnelle convenablement rétribuée. C’est alors que M. de Flamarande, qui avait eu plusieurs fois affaire à nous pour diverses consultations, me fit l’offre de me prendre aux appointements de trois mille francs, défrayé de toute dépense relative à son service.

Mon père me conseillait d’accepter, et la place me convenait. J’eusse désiré seulement avoir le titre d’homme d’affaires, d’homme de confiance, ou tout au moins de secrétaire. Le comte refusa de me donner cette satisfaction.

— Vous n’entrez, me dit-il, ni chez un fonctionnaire, ni chez un homme de lettres : je n’aliénerai jamais mon indépendance, et je ne me mêle point d’écrire. Il serait donc ridicule à moi d’avoir un secrétaire. Je n’ai besoin que d’un serviteur attaché à ma personne, assez bien élevé pour me répondre, si je lui parle, assez instruit pour me conseiller, si je le consulte. Le titre qui vous répugne est très-honorable chez les personnes de votre condition, puisque votre père l’a porté longtemps ; en le repoussant, vous me feriez croire que