Ouvrir le menu principal
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Cette mère n’avait qu’un but, sortir de la misère et gagner de quoi élever son fils. J’exigeai de mon côté que la sœur ne serait jamais dans la confidence. Je payai une forte avance, et, quand madame la comtesse fut près de son terme, j’installai la Niçoise à Orléans, M. le comte ne voulant pas qu’elle parût dans la maison avant le moment nécessaire.

Pendant que nous faisions ces tristes préparatifs, madame cousait les dentelles autour du berceau de satin rose. Elle ne sortait plus de sa chambre, monsieur ne la voyait presque pas, et je ne la voyais pas du tout. J’étais content de ne pas avoir le spectacle d’une joie que je devais changer en désespoir, et j’évitais de causer d’elle avec Julie.

Le 15 mai 1841, madame ressentit dans la nuit les premières douleurs, et je partis en chaise de poste pour aller chercher l’accoucheur et la nourrice à Orléans. Il n’y avait qu’une lieue à faire ; mais elle me parut mortellement longue. La Loire, dont je suivais les rives, montait d’une manière effrayante, et menaçait de me couper la voie au retour, si j’étais retardé à la ville. Il avait plu tous les jours précédents ; le ciel était noir et le vent lourd. Le cocher me mena ventre à terre, et le médecin fut prêt en un instant. Il refusa la chaise de poste, disant qu’il connaissait le chemin mieux que nous, et monta dans sa voiture. Je courus chercher la Niçoise, qui, au moment de quitter