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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 5.djvu/75

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tent pas comme un mal devant lui. Il ne réprime pas même les criminels les plus odieux ; il ne punit pas même les monstres. Donc, après la mort, une vie éternelle, entièrement inconnue, s’ouvre devant nous. Quelle qu’elle soit, notre religion doit consister à nous y fier entièrement ; car Dieu nous a donné l’espérance et c’était nous faire une promesse. Il est la perfection : rien des bons instincts et des nobles facultés qu’il a mis en nous ne peut mentir. »

Vous savez tout cela aussi bien que moi, et vous vous rendez bien compte de l’état maladif qui fait naître vos terreurs et vos doutes. Je crois, mademoiselle, que votre devoir est de les combattre, et de traiter votre maladie morale très sérieusement : c’est un devoir religieux auquel vous devez vous soumettre. Vous n’avez pas le droit de laisser détériorer votre intelligence, pas plus que votre santé. Ouvrage de Dieu, nous devons nous conserver purs de chimères et d’insanies. Allez donc vivre ailleurs qu’à Angers, dont le séjour vous rejette dans le délire. Allez n’importe où, pourvu que vous y ayez le théâtre et la musique, puisque vous en ressentez un si grand bien. Faites cela par amitié pour ceux qui ont de l’amitié pour vous, faites-le aussi pour votre conscience, qui vous défend l’abandon de vous-même.

Agréez tous mes sentiments affectueux et dévoués.

GEORGE SAND.