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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 5.djvu/390

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DCCXXXVII

À MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPIE,
À ANGERS


Nohant, 14 juillet 1870.


Je suis embarrassée pour vous conseiller, chère âme tourmentée. Vous êtes dans une de ces situations d’esprit où le pour et le contre se balancent sans solution. Vous éprouvez le besoin de changer de milieu, et, dès que vous quittez le vôtre, tout vous manque ; vous regrettez, comme vous le dites, très bien, jusqu’aux herbes de votre jardin. J’ai traversé ces souffrances ; mais je suis toujours revenue à mon nid avec bonheur, et, à présent, je crois que le mieux n’est pas dans le changement. Toute situation a ses amertumes ou ses langueurs, et je ne puis croire que les gens qui vous aiment vous laissent tourmenter à l’âge où vous ne pourriez plus vous défendre vous-même. Cet âge est loin encore, Dieu merci ! et qui sait s’il viendra ? La vieillesse n’est pas forcément la décadence intellectuelle. C’est quelquefois tout le contraire. Vous êtes une âme généreuse et forte de droiture. Si les fantômes vous tourmentent et vous terrassent par moments, vous vous retrouvez toujours sur vos pieds, toujours la même, vous en convenez