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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 5.djvu/381

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DCCXXXII

À GUSTAVE FLAUBERT, À CROISSET


Nohant, 20 mai 1870.


Il y a bien longtemps que je suis sans nouvelles de mon vieux troubadour. Tu dois être à Croisset. S’il y fait aussi chaud qu’ici, tu dois souffrir ; nous avons 34 degrés à l’ombre, et la nuit 24. Maurice a eu une forte rechute de mal de gorge. Enfin, cette chaleur insensée l’a guéri, elle nous va à tous ici. Les enfants sont gais et embellissent à vue d’œil. Moi, je ne fiche rien ; j’ai eu trop à faire pour soigner et veiller encore mon garçon, et, à présent que la petite mère est absente, les fillettes m’absorbent. Je travaille tout de même en projets et rêvasseries. Ce sera autant de fait quand je pourrai barbouiller du papier.

Je suis toujours sur mes pieds, comme dit le docteur Favre. Pas encore de vieillesse, ou plutôt la vieillesse normale, le calme… de la vertu, cette chose dont on se moque, et que je dis par moquerie, mais qui correspond, par un mot emphatique et bête, à un état d’inoffensivité forcée, sans mérite par conséquent, mais agréable et bon à savourer. Il s’agit de le rendre utile à l’art quand on s’y dévoue ; je n’ose pas dire combien je suis naïve et primitive de ce côté-là. C’est