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elle et dure une grande heure. Il n’y a pas moyen de lui en inventer un qui l’amuse autant que ce domino, qui recommence toujours les mêmes aventures. À présent, mon Plauchut a une petite fille qui est insupportable, qui fait dans son lit et qui crie toujours.

Il n’y a pas de danger qu’elle t’oublie. Je croyais, à mon retour de Paris, qu’elle ne songeait plus à ce jeu ; mais, dès le premier soir, quoiqu’elle n’y eût pas joué depuis deux mois, elle m’a dit : « Tu vas faire Plauchut. » Elle lui attribue le rôle que Balandard a dans les marionnettes ; c’est lui qui bat tout le monde et qui jette les importuns par la fenêtre, mais le plus souvent dans les lieux.

J’ai reçu l’almanach, qui est joliment bête, à commencer par moi[1].

En politique, je n’aime pas le rôle de Rochefort. Je n’aime pas cette adulation du peuple, cet abandon de sa volonté, cette absence de principes. Ce n’est pas ainsi qu’il faut l’aimer et le servir : c’est le traiter en souverain absolu. Un homme qui se respecte ne dit pas : « Je prêterai serment ou je ne le prêterai pas, c’est comme vous voudrez ». S’il n’en sait pas plus long que ses commettants, s’il attend leur caprice pour agir, le premier idiot venu est aussi bon à élire que lui. Toute cette nuance ultra-démocratique est une écume. Mais il n’y a pas d’ébullition sans écume

  1. Almanach du Rappel, pour 1870.