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DCXCIII

À M. EDMOND PLAUCHUT, À PARIS


Nohant, 18 février 1869.


Cher enfant,

Je reçois ta lettre ce matin, et, ce soir, me voilà bien triste et toute seule avec mes deux petites, cachant à Aurore que papa et maman viennent de partir pour Milan. Un télégramme nous a annoncé que le père Calamatta, qui était malade depuis près d’un an sans donner d’inquiétudes sérieuses, était dans un état très alarmant. Les enfants sont donc partis tout de suite, Maurice bien affecté de quitter mère et enfants ; Lina désolée de quitter tout cela pour aller peut-être trouver son père mort ou mourant.

Voilà comme le malheur vous tombe sur la tête au milieu du calme et de la joie ; car, à l’habitude et quand tout va bien physiquement chez nous et autour de nous, nous sommes vraiment des enfants gâtés du bon Dieu, vivant si unis les uns pour les autres. C’est là, cher enfant, qu’il faut un peu de courage à ta vieille mère pour ne par broyer du noir ; et les petites contrariétés de théâtre que tu m’as vu supporter si patiemment paraissent ce qu’elles sont, rien du tout au prix de ce qui contriste le cœur. Enfin ! courage, n’est-