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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 5.djvu/285

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je les aime comme j’aime les bois et les champs, toutes les choses, tous les êtres que je connais un peu et que j’étudie toujours. Je fais mon état au milieu de tout cela, et, comme je l’aime, mon état, j’aime tout ce qui l’alimente et le renouvelle. On me fait bien des misères, que je vois, mais que je ne sens plus. Je sais qu’il y a des épines dans les buissons ; ça ne m’empêche pas d’y fourrer toujours les mains et d’y trouver des fleurs. Si toutes ne sont pas belles, toutes sont curieuses. Le jour où tu m’as conduite à l’abbaye de Saint-Georges, j’ai trouvé la scrofularia borealis, plante très rare en France. J’étais enchantée ; il y avait beaucoup de… à l’endroit où je l’ai cueillie. Such is life !

Et, si on ne la prend pas comme ça, la vie, on ne peut la prendre par aucun bout, et alors, comment fait-on pour la supporter ? Moi, je la trouve amusante et intéressante, et, de ce que j’accepte tout, je suis d’autant plus heureuse et enthousiaste quand je rencontre le beau et le bon. Si je n’avais pas une grande connaissance de l’espèce, je ne t’aurais pas vite compris, vite connu, vite aimé. Je peux avoir l’indulgence énorme, banale peut-être, tant elle a eu à agir ; mais l’appréciation est tout autre chose, et je ne crois pas qu’elle soit usée encore dans l’esprit de ton vieux troubadour.

J’ai trouvé mes enfants toujours bien bons et bien tendres, mes deux fillettes jolies et douces toujours. Ce matin, je rêvais, et je me suis éveillée en disant