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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 5.djvu/265

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et se défera de même. Soit ; mais je reste dans un mélange de spiritualisme et de panthéisme qui se combine en moi sans trouble. Chacun vit du vin qu’il s’est versé, et en boit ce que son cerveau en peut porter. Je ne vois pas la nécessité de forcer son entendement, et de détruire en soi certaines facultés précieuses pour faire pièce aux dévots. Les dévots n’existent plus. Il n’y a aujourd’hui que des imbéciles ou des tartufes. Je ne leur fais pas l’honneur de me modifier pour les combattre. Je trouve que c’est pour la science une assez bonne campagne à faire que d’aller son train en tant que science, puisque chacun de ses pas enfonce l’Église un peu plus avant sous la terre. Il n’est pas nécessaire, il n’est pas utile peut-être, de tant affirmer le néant, dont nous ne savons rien. La vérité doit servir de drapeau dans une bataille ; n’habillons pas à notre guise cette dame nue, qui ne s’est pas encore montrée sans voiles à nos regards. Tâchons de l’engager à se découvrir, mais n’exigeons pas qu’elle apparaisse sous des traits d’emprunt. Il me semble qu’en ce moment, on va trop loin dans l’affirmation d’un réalisme étroit et un peu grossier, dans la science comme dans l’art.

Ceci, cher ami, n’est pas un reproche à votre adresse. Vous avez vécu longtemps de la philosophie très spiritualiste de Reynaud et de Leroux. Vous l’avez quittée sans subir d’autre influence que celle de vos réflexions, et vous avez usé du droit sacré de la liberté. Tant d’autres ont quitté les idées dont nous